Finance islamique, une alternative pour le financement des projets en Afrique?

Du  17 au 18 septembre 2015, s’est tenu à Abidjan en Cote d’ivoire  le 1er forum Africain sur la finance Islamique Organisé par la Société Islamique de Développement (SID) et le gouvernement Ivoirien.  L’objectif  de ce forum est d’impulser la dynamique de la finance islamique en Afrique et d’en faire un mode de financement alternatif des projets de l’émergence des Etats africains ; à travers, notamment le savoir-faire de la Banque islamique de développement (BID).

Selon Monsieur Khaled Al Aboodi, Directeur général de la Société islamique de développement (SID), Groupe de la Banque islamique de développement (BID), la finance Islamique peut- être un levier  pour une «Croissance économique durable» de l’Afrique, en  boostant le climat des affaires sur le continent.
Les investissements liés à la finance islamique sont passés de 1350 milliards de $ en 2012 à 2 000 milliards de $ en 2014, soit une hausse de 650 milliards. Toutefois, son développement reste embryonnaire en Afrique.Pour y remédier, plusieurs pays du continent  réajustent leurs législations et s’activent dans le marché des obligations souveraines.Notons que ces dernières années ce sont plus de 28 000 projets qui ont été financés par la Banque Islamiquede Développement en Afrique ;  à hauteur de 35 milliards de FCfa.

Sur les 56 Etats membres de la Banque Islamique de développement, 22 se trouvent en Afrique. Par conséquent, l’application de la finance islamique ne devrait être qu’une formalité. Cette pratique n’est pas encore ancrée dans le système bancaire du continent. D’après les statistiques, le taux de pénétration de la finance islamique en Afrique stagne à 1%. Le Soudan est le seul pays qui tire son épingle du jeu avec 22 banques qui réalisent une activité qui s’alignent sur les principes de la Charia. La fiscalité pourrait constituer l’une des contraintes. D’après Dr Mamadou Oumar Dia, expert et conseiller du cabinet Fayda Finance Development (Afrique) basé à Casablanca, la législation sénégalaise constitue un cas d’école. « L’une des contraintes est d’ordre fiscal. Il faut une fiscalité adaptée. Je donne le cas de la mourabaha qui est un contrat d’achat et de revente. Si une institution financière quelconque voulait monter un projet de mourabaha, il est évident qu’elle ferait face une double taxation comme un droit d’enregistrement double et, éventuellement, une Tva double. Mais ce sont des contraintes auxquelles les autorités sont en train de réfléchir.

De nos jours, beaucoup d’Etats africains semblent conscients des multiples apports de cette finance éthique, une réelle alternative pour stimuler leur développement. Beaucoup d’entre eux prévoient d’émettre des obligations conformes à la Charia, afin d’accéder aux sources de financement des Etats du Golfe et attirer les investisseurs notamment la BID pour le financement de programmes dans les secteurs des infrastructures, de l’agriculture et de l’énergie. D’après l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), les réserves financières de ces Etats représentent plus de 1000 milliards de?$.  Pour faire les yeux doux aux détenteurs de cette manne financière, certains pays ont décidé de réajuster leurs législations. C’est le cas des pays membres de l’Union économique et monétaire ouest africain (UEMOA) qui ont mis en place un cadre juridique et opérationnel pour réaliser des opérations liées à la finance islamique. Le protocole d’accord signé en septembre 2012 entre la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la BID s’inscrit dans le même sillage, avec comme objectif la promotion et le développement de l’industrie de la finance islamique dans les Etats membres de l’UEMOA. « L’Afrique du Sud a émis des sukuks de 500 millions de dollars. Il y a eu aussi des émissions en FCFA pour le Sénégal (Ndlr 100 milliards de FCFA) et en Gambie où la banque centrale émet régulièrement des sukuks. On peut penser que les besoins significatifs en infrastructures du continent puissent être financés selon les principes de la loi islamique au fur et à mesure que les pays africains se familiarisent avec ce mode de financement», constate Mohamed Damak analyste économique spécialiste de la finance islamique chez l’agence de notation Standard & Poor’s.
Des perspectives encourageantesLes institutions islamiques mènent également une offensive stratégique pour consolider leur implantation dans le continent. La BID et sa filiale la Société islamique pour le développement du secteur privé (SID) créée en 1999, ont effectué en 2008 des investissements dans plusieurs marchés de l’Afrique de l’Ouest. Actuellement, les deux entités contrôlent majoritairement les banques islamiques présentes au Sénégal, en Guinée Conakry, au Niger et en Mauritanie. La SID a même crée avec la banque turque Bank Asya, la société d’investissement Tanweel Africa Holding qui regroupe l’ensemble de ses investissements. Ladite société détenait un portefeuille de crédits évalué à 400 millions de  d’euros fin 2012.

La BID souhaite accroitre son « empire » bancaire, elle planifie l’ouverture d’une banque au Bénin et au Mali, et la création d’une banque islamique et d’une société de crédit-bail au Tchad. Actuellement, les investissements de Tanweel Holding ne représentent que 12?% des financements approuvés par la SÌD. D’où son souhait d’étendre ses activités en Afrique. «La nouvelle stratégie prévoit le développement de ce que nous appelons les canaux de la finance islamique pour assurer la diffusion à large échelle des produits financiers conformes à la Charia», a déclaré Khaled Al-Aboodi le 22 avril 2014, lors de l’annonce de la mise en place des 4 nouvelles institutions précitées. A l’en croire, ces canaux seront constitués par les banques islamiques, l’Ijara (crédit-bail islamique) les l’assurance takaful (assurance islamique) et le retakaful (réassurance islamique). «Au stade actuel de développement des secteurs financiers dans les pays de la zone franc, la microfinance islamique et l’instrument Istisna’a offrent d’importantes perspectives de développement, tout particulièrement pour le financement des projets immobiliers et agricoles.

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